Archives du Jour : 14 mai 2018

Mai 14

HOMMAGES A JEAN PIERRE BEAUD

JPB-MEADELe destin t’a arraché à ceux qui t’aimaient et je respecte la douleur de tes proches.  Je n’évoquerai donc que tes amis du Club d’astronomie auxquels tu vas beaucoup manquer. Nous conserverons le souvenir de ta grande culture que tu mettais au service des autres.

Tu étais un amoureux du ciel que tu évoquais avec compétence, science et expertise. Mais, pour toi, le firmament n’était pas l’immensité silencieuse qui effrayait Pascal, car, à l’écouter avec le cœur et l’âme, émane de lui une douce et mystérieuse mélodie. Mélodie qui a été interprétée  en mythes et contes que tu savais si bien nous raconter.

Les Rois Mages que tu nous narrais ont peut-être suivi l’écho d’une prophétie et l’éclat d’une étoile. Mais, tout comme toi, ils n’ignoraient pas que les signes du ciel étaient à destination de l’homme. C’est ainsi que tu as toujours préféré, par exemple, l’amitié du vrai Malo à la très lointaine étoile du ciel austral, Fomalhaut.

Tu étais l’un des plus assidus sur la plateforme et tu avais réussi à percer les secrets du « Meade ». Ta volonté de transmettre et d’échanger avec le public était à la mesure de ta passion. Ton caractère, parfois un tantinet ombrageux, n’altérait en rien ta générosité et ton sens de l’amitié. On ne construit, en effet, que sur ce qui résiste et non sur l’insipidité sirupeuse des hypocrites.

Brillat Savarin disait que la découverte d’une étoile était moins importante pour l’humanité que celle d’un mets. Tu participais aux moments de convivialité du Club où les papilles entraient dans la danse après les pupilles.

La vie ne t’avait pas épargné et tu as connu une succession de coups du sort qui en aurait ébranlé plus d’un. Loin de baisser les bras et de renoncer, tu réussissais à puiser dans les épreuves de nouvelles raisons d’espérer. Je te retrouvais parfois avec Lucien autour d’un café devant son magasin et, mieux que de refaire le monde, nous en parlions et l’aimions malgré tout, admirant ses lumières et acceptant ses mystères.

Ton départ nous interroge tous sur notre destin et sur la place de l’homme face à l’Univers. Faible comme un infime roseau mais un roseau pensant et dont l’ultime échéance est de retourner à la poussière. Mais de la poussière d’étoiles car elles sont le creuset qui a donné la vie à la matière qui nous constitue.

Je me plais à penser que tout n’est pas que matière et que la science ne saurait limiter l’espoir. Et je forme le vœu qu’en contemplant la voûte céleste, un soir d’été, une étrange impression de ta présence dans le ciel ou près de nous, sur la plateforme, nous convainque que tout ne peut être découvert ni compris par les télescopes.

Par Jean Michel Dahan Doladille, membre du Club Ajaccien d’Astronomie

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Notre Ami Jean Pierre nous a quitté. Nous ressentons tous un immense chagrin et une peine infinie.

Certes de santé fragile, Jean Pierre semblait se remettre lentement de son hospitalisation pour une double pneumonie et nous nous étions tous mis à espérer le revoir bientôt parmi nous, au Club. L’annonce de sa disparition n’en est que plus brutale.

Son absence laisse un vide immense. Nous apprécions tous sa culture, sa fidélité en amitié, sa disponibilité et son soucis permanent du bien-être et de la santé de chacun de nous. Non seulement il nous a beaucoup appris, mais, qualité rare, il était toujours prêt à partager son savoir, tant avec les adultes qu’avec les enfants.

Il était un des piliers du Club, toujours présent et enthousiaste pour faire découvrir et partager sa passion de l’astronomie avec le public. Et pas seulement l’astronomie d’ailleurs. Il était également érudit en mathématiques, physique, mécanique céleste, histoire, mythologie, musique… Tous ceux qui ont assisté aux nombreuses manifestations du Club se souviennent et se souviendront longtemps de lui.

Lors de nos sorties d’astronomie en mer, il était là, sur le bateau pour raconter, entre autres, que la Voie Lactée était la représentation céleste du Gange, ou que la constellation de la Lyre représentait la lyre qu’Hermès avait fabriquée avec une carapace de tortue, avant de la donner à Orphée.

Pour les Nuits des Etoiles, il était là, à côté de « son » télescope, le Meade, qu’il affectionnait tout particulièrement, pour faire découvrir aux visiteurs M13 et son million d’étoiles ou M82, sa galaxie préférée. Toujours prêt à faire un bon mot, il nous disait souvent, avec malice, quand nous nous énervions (gentiment) en manipulant ce télescope qui semblait, quelques fois, ne pas vouloir exécuter les manœuvres programmées, « Ne parlez pas sèchement du Meade ! ».

Il personnifiait « L’Etoile des Rois Mages »  qu’il présentait au début du mois de janvier, depuis plus de 10 ans.

Pour nos soirées hebdomadaires du vendredi à Vignola, il était encore et toujours présent, quel que soit le temps.

C’était une encyclopédie vivante. Tant de savoir dans une si belle âme !!! Pas une question à laquelle il ne puisse répondre et toujours prêt à rebondir sur une phrase ou un mot par une anecdote drôle.

Quand je le présentais à des visiteurs, je disais toujours : « je vous présente Jean Pierre Beaud, membre éminent de notre Club ». Il répondait toujours avec des yeux rieurs : « Oh ! Eminent ! Je ne mesure que 56 atto-parsec (10-18) » et je lui répondais à chaque fois « peut-être Jean Pierre, mais souviens-toi de ce que disait Lamartine : il est aussi grand d’être homme que Soleil ».

Il aimait tant les étoiles qu’il avait donné le nom de l’une d’elles au chien qu’il avait adopté… ALCOR. Plus qu’un chien, c’était son fidèle compagnon qui l’accompagnait partout lors de nos soirées publiques à Vignola et dans les villages voisins.

Personnellement, je me sens orphelin de son amitié et de son savoir.

Cela dit, dans l’Univers, dont nous faisons partie, rien n’est définitif.

Alors, quand notre Soleil aura cessé d’exister, il nous entrainera à travers l’espace dans des voiles célestes semblables à des cheveux d’anges. Nous irons ensemencer une autre nébuleuse en formation quelque part dans l’Univers. Au fil du temps, cette nébuleuse enfantera une nouvelle étoile qui, à son tour, engendrera un nouveau système solaire où, sur une planète idéalement placée, la vie, un jour, apparaîtra. Car il en est ainsi de l’Univers : « Tout fini afin que tout recommence, tout meurt mais pour que tout revive ».

Alors, je suis sûr que bientôt, par une nuit claire, en contemplant la voûte céleste et en particulier ta galaxie préférée, dans la Grande Ourse, ou en observant une étoile de cette même Grande Ourse, Alcor, si chère à ton cœur, nous ressentirons ta présence dans le ciel et près de nous.

« Ne meurent vraiment que ceux que l’on oublie ».

Pour nous qui le pleurons, son départ est cruel. Mais la mort est moins cruelle que l’oubli.

Alors soit tranquille mon « Djipi » et repose en paix, nous ne t’oublierons jamais.

RIPOSA IN SANTA PACE, U ME AMICU.

Par Lucien Luciani, Président du Club Ajaccien d’Astronomie et Marie Pierre Renucci, membre du Club.