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Août 11

LE TEMPS DES ASTRONOMES – Sujet de Yves ETIENNE

L’auteur de ce sujet est Yves ETIENNE, membre du Club Ajaccien d’Astronomie. C’est également à lui que nous devons les éphémérides publiées tous les mois sur notre page.

PREMIER EPISODE

Depuis fort longtemps, les êtres humains, à l’instar de beaucoup d’animaux, disposent d’un certain savoir sur les cycles naturels, en particulier du temps écoulé entre chaque phase de ces cycles. Saluons ici la performance de ces cigales Nord-Américaines qui émergent simultanément du sol tous les 17 ans ou celle des papillons Morpho effectuant leur migration aller et retour entre le Mexique et le Canada sur plusieurs générations. Sans compter toutes les espèces terrestres, aquatiques ou aériennes qui migrent en des points forts éloignés des lieux de reproduction aux lieux de nourrissage. La notion du temps écoulé et à venir est donc capitale.

En ce qui concerne l’humanité, nous n’avons guère de preuves matérielles avant 32000 ans avant le présent. Ainsi, dans l’abri BLANCHARD dans le département de la DORDOGNE sur la commune de SERGEAC, pas très éloigné de la grotte de LASCAUX, au bord de la rivière Vézère. L’abri BLANCHARD surplombe la rive droite du vallon des Roches. Sa particularité est d’être ouvert plein Ouest. Dans cet abri sous roche a été trouvé en 1911 par Monsieur Marcel CASTANET, un os de renne gravé recto verso d’entailles et de cupules dans un ordre précis semblant correspondre aux positions de la Lune à son coucher. L’homme ou la femme qui a gravé ce fragment d’os était un fin observateur du ciel. Lorsque la pointe d’os est dirigée vers l’Ouest, les cupules correspondent aux couchers de la Lune au cours des lunaisons, des saisons et des années.

Nous sommes loin de la description faite par les « scientifiques » de la fin du XIXe siècle voulant prouver la supériorité de l’homme moderne européen sur les peuples primitifs. Les hommes et les femmes de l’époque Aurignacienne étaient décrits hirsutes, bas du front, la lippe pendante, vêtus de grossières peaux de bêtes et brandissant des gourdins pour assommer les bisons ou les mammouths. Entre nous, essayez de surprendre un gibier avec un habit qui fait du bruit au moindre mouvement, qui flotte autour de votre corps et qui s’accroche aux branches, le sanglier convoité est mort de rire.

Non, nos ancêtres n’étaient pas des brutes épaisses. J’ai assisté en 1992, lors des championnats de France de tir à l’arc, à une reconstitution de tir préhistorique avec de longues flèches envoyées vers leur cible à l’aide d’un propulseur en os de cheval. A 45 mètres, les flèches atteignaient et se plantaient dans leur cible, un bouquetin en mousse de polyuréthane. Une belle performance et, personnellement, avec mon arc moderne, je ne suis pas certain d’atteindre ma cible dans la zone « tué » à cette distance.

Revenons à notre fragment d’os de renne gravé par un homme ou une femme il y a environ 32000 ans. Cette personne habitait sur place. ce n’était pas un chasseur cueilleur nomade. Cette personne avait repéré la direction du coucher du Soleil à l’équinoxe de printemps et à l’équinoxe d’automne. Je présume qu’elle avait installé des repères et qu’elle se mettait toujours dans la même posture pour effectuer ses observations. Peut être que l’os était fixé sur un support inamovible jusqu’à son achèvement. Lorsque la pointe est dirigée vers l’Ouest, l’observateur, à l’aide d’un outil constitué d’un éclat de pierre dure collé avec de la résine de pin à un os long et fin probablement prélevé sur une aile d’oiseau, pouvait creuser les cupules ou les stries indiquant les divers couchers de Lune ou de Soleil. Ce travail a pris de nombreux mois et même de nombreuses années de réflexion avant sa réalisation.

Os de renne gravé.1Os de renne gravé.2L’abri BLANCHARD est quasiment à 45° de latitude Nord, la longitude est de 1° 06′ Est et l’azimut de l’ouverture de l’abri est orienté sur l’azimut 270° soit plein Ouest. Pour un observateur situé devant l’ouverture de cet abri, le Soleil se couche le plus au Nord au solstice d’été à l’azimut 304° et se couche le plus au Sud au solstice d’hiver à l’azimut 236° soit une plage de mesure sur 78°. Ceci est vrai pour tout le 45e parallèle Nord. Les lunistices sont les positions extrêmes de la Lune vers le Sud ou vers le Nord au moment de ses levers ou de ses couchers.

Dans son remarquable ouvrage « Aux racines de l’astronomie ou l’ordre caché de l’ordre pariétal » , Madame Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ nous décrypte le mode opératoire, la signification et le but de cet artéfact. Pour ce faire, elle a utilisé les données du Bureau des Longitudes de la Société Astronomique de France et le programme ARCAS réalisé par le Club des Amateurs d’Astronomie Ajaccien ainsi que les programmes Redshift et Skyplot.

Cet os en forme de langue est gravé sur les deux faces. la face qui nous intéresse ici comporte 29 encoches sur l’arête supérieure et toute une ligne serpentant dans la moitié inférieure faite de cupules de profondeurs et de diamètres différents. Ainsi, la personne qui a gravé cet os de renne disposait de 24 outils différents pour graver les cupules et les stries sur l’os. J’ai connu un Monsieur qui faisait de la calligraphie et qui utilisait tout autant de types de plumes pour écrire et enluminer ses textes.

La première cupule indique la position de la Lune à son coucher lors de l’équinoxe de printemps. La seconde marque la position de la Nouvelle Lune juste en face de la 14e encoche qui marque le milieu du mois lunaire. La cupule numéro 3 marque le début de la lunaison complète jusqu’à la cupule numéro 33 qui sert de repère à la moitié du graphe. Les cupules 34 à 64 marquent le décours de la Lune pour la lunaison complète suivante.

Que déduire de ce fragment du lointain passé de l’humanité ? La personne, homme ou femme, et je pencherais plutôt pour une femme, qui a gravé cet os avait une excellente vue. Elle avait aussi un grand sens de l’observation pour avoir gravé à l’aide d’outils un calendrier lunaire. C’est une des toutes premières mesures du temps qui soit parvenue jusqu’à nous.

Nous avons la trace d’autres calendriers existant avant les civilisations de l’écrit et je vous en parlerai dans le prochain épisode.

DEUXIEME EPISODE

Une erreur relevée par mon ami Antoine OTTAVI, amateur d’archéoastronomie, s’est glissée dans la description de l’utilisation de l’os gravé découvert dans l’abri BLANCHARD. La pointe de l’os était orientée vers le Nord et non pas vers l’Ouest, sinon la personne qui observait les couchers de Lune et de Soleil vers l’Ouest n’aurait tout simplement pas pu le graver.

Pour marquer le temps, nos ancêtres utilisaient des supports qui ne nous sont pas toujours parvenus, le plus simple étant la mesure et l’orientation de l’ombre d’un objet connu. C’était pratique et relativement facile d’emploi. Malheureusement beaucoup d’objets de cette période, parce que non étudiés, dorment dans les réserves des musées.

La succession des jours, des lunaisons ainsi que leurs variations périodiques dans le temps, leur ont donné l’idée du calendrier. Bien souvent il est représenté par une grille gravée complétée par des cupules indiquant les positions et les phases de la Lune creusées dans la pierre comme sur le coffre de pierre du Monte Revinco sur la commune de SANTO PIETRO DI TENDA en Haute Corse.

Au BRESIL, entre le Mato Grosso et BELEM en AMAZONIE, sur le site de Piedra Pintada, l’archéologue américaine Anna C. ROOSEWELT a mis au jour la représentation graphique des solstices d’été et d’hiver le long d’une falaise. Pour un observateur situé au Sud de la falaise au solstice d’hiver, le disque solaire se couche sur un promontoire rocheux tout comme indiqué par le dessin gravé et peint sur la paroi de la falaise. Cette représentation est datée de 11.200 ans.

L’étude des parois des grottes ornées aussi bien en Europe qu’en Amérique ou en Afrique, nous donne une indication sur l’importance pour nos anciens de l’apparition dans le ciel de l’amas d’étoiles des Pléiades.

Paroi gravée 1

Au-dessus de l’épaule du taureau peint voici 17.660 ans, on peut voir la représentation de l’amas des Pléiades. Pour les humains de l’époque, l’amas des Pléiades indiquait les périodes de migration des poissons et du gibier comme le saumon et le renne.

Disque de Nebrareprésentation disque de Nebra

Plus près de nous au néolithique, le disque de NEBRA, du nom de la localité NEBRA Sur UNSTRUT en SAXE-ANHALT en ALLEMAGNE où il fut découvert en 1999. Ce disque de bronze de 32 cm de diamètre pesant 2 kg serait vieux de 3600 ans. Ce disque comporte un rond pouvant représenter la Pleine Lune ainsi que le premier croissant de Lune. L’arc de cercle en dessous est peut être une représentation de la Voie Lactée. Les Pléiades sont représentées au-dessus des deux images de la Lune. Sur le côté droit du disque, un arc de cercle inscrit sur 82° indique les positions du Soleil au couchant. Les graduations latérales indiquaient la position du Soleil aux solstices d’été et d’hiver ainsi qu’aux équinoxes de printemps et d’automne. On peut encore voir l’empreinte du même arc de cercle sur le côté gauche du disque pour relever les positions des levers de Soleil. Un observateur placé sur le site de NEBRA peut voir le mont BROCKEN, le plus haut sommet de la partie Nord de l’Allemagne, situé à 80 km de là dans le massif du HARTZ. En tenant le disque à l’horizontale et en orientant le bord du disque comme indiqué sur le schéma, on pouvait en regardant la position du Soleil à son coucher, en regardant la phase de la Lune et la position de l’amas des Pléiades dans le ciel, connaître la date des semailles et des moissons.

Le disque de NEBRA serait donc une table astronomique pour indiquer les périodes favorables pour les semailles et les moissons de l’agriculture naissante. Les astronomes européens de cette époque avaient une connaissance du ciel bien plus évoluée que nous, ont décrit les archéologues au début du 20e siècle.

TROISIÈME ÉPISODE

Avec l’invention de l’agriculture dans le croissant fertile à la fin du néolithique, la mesure du temps à travers le calendrier est devenue nécessaire pour les travaux des champs. L’alternance des jours et des nuits, les lunaisons et le retour des saisons étaient déjà un moyen pour ordonner ces travaux. Comme vu dans les épisodes précédents, l’humanité avait une idée assez précise du déroulement des saisons à travers le lever et le coucher des constellations comme les Pléiades ou la constellation d’Orion.

Nos lointains ancêtres savaient repérer les levers et les couchers du Soleil en un lieu bien précis comme le prouvent les alignements de FILITOSA, de CAURIA et de CUCURUZZU en Corse, ou de CARNAC en Bretagne ou encore de STONEHENGE en Grande Bretagne.

Ceci dit, le jour, le mois lunaire et le retour des saisons, en particulier les deux équinoxes sont incommensurables, il n’y a pas de diviseur ou de multiples communs entre ces quantités.

Le premier instrument connu pour la mesure du temps est le gnomon, un simple bâton planté verticalement dans le sol et qui, par son ombre, indique les heures de la journée. Qu’est-ce qu’un gnomon ? D’après le dictionnaire de l’Académie, dans sa huitième édition : tout instrument qui marque les heures par l’ombre qu’un corps solide porte sur un plan ou une surface courbe. Ce mot nous vient du grec ancien et signifie « indicateur ».

En observant les levers et les couchers de Soleil ainsi que le parcours de l’ombre du gnomon sur le plan pendant plusieurs années, on s’aperçoit qu’il y a quatre dates remarquables.

Deux dates où le Soleil se lève rigoureusement à l’Est et se couche tout aussi rigoureusement à l’Ouest. Ce sont les équinoxes de printemps et d’automne. Une particularité à ces dates si vous alignez un repère avec le gnomon et le Soleil à son lever et que vous procédez de même à son coucher, vous vous rendrez compte que les deux repères et le gnomon forment une ligne droite. Ensuite il suffit de tracer une perpendiculaire et on a l’axe Nord Sud ou le méridien local. Il suffit ensuite de tracer un cercle sur le plan et de le diviser par 24 parties égales, ce qui est extrêmement facile avec un compas. Pourquoi 24 et pas un autre nombre ? N’oublions pas que nos ancêtres n’avaient pas de commodités comme nous, pas de papier, pas de stylo, ils comptaient sur leurs doigts et en dehors des deux pouces vous avez normalement quatre doigts à chaque main munis de trois phalanges chacun… total 24. les douze phalanges de la main droite étaient les douze heures du jour et celles de la main gauche étaient les douze heures de la nuit. Lorsque l’ombre est alignée avec le méridien, il est midi, soit la moitié du jour.

D’autre part, deux autres dates étaient intéressantes : celle du jour le plus court au solstice d’hiver où l’ombre du gnomon est la plus longue et celle du jour où l’ombre est la plus courte marquant le jour le plus long au solstice d’été.

principe du gnomonVoici le schéma de principe du gnomon. Avec un tel instrument les prêtres savants de l’époque de la civilisation sumérienne ont pu réaliser les premiers calculs astronomiques voici 5000 ans avant le temps présent.

QUATRIÈME ÉPISODE

A la fin du néolithique, voici 8000 ans, l’agriculture se développe dans une région du monde nommée « le croissant fertile ». Une petite graine, l’épeautre, l’ancêtre du blé, facile à cultiver, était  à la fois nourrissante, que l’on pouvait cuisiner sous forme de galettes ou de bouillies et qui pouvait se conserver plusieurs mois, allait révolutionner le monde des chasseurs cueilleurs.

La pluviométrie de l’époque était beaucoup plus abondante que celle de l’heure actuelle. Le Sahara et le Moyen Orient étaient verdoyants. D’autre part, qui dit terrains cultivables dit aussi élevage. Le mouflon sauvage devient le mouton domestique, le sanglier devient le porc, le loup devient le chien, etc…

La sédentarisation des premiers agriculteurs entraine la formation de villages puis de cités. La société s’organise, une hiérarchie s’installe et, dans cette société, le savoir compte tout autant que les armes ou la nourriture.

croissant fertilecroissant fertile2Dans une région correspondant au Sud de l’Irak actuel, sur les bords du fleuve Euphrate, nait une cité nommée SUMER. C’est à Sumer que l’on retrouve les premières traces de l’écriture et du calcul astronomique.

On y trouve en grande quantité l’argile pour faire les tablettes ainsi que le papyrus pour tailler les calames destinés à graver les caractères cunéiformes de la première écriture sémitique. Les premiers scribes sont installés dans les premiers observatoires fixes prêts à noter les passages des astres dans le ciel de Mésopotamie. Le décor est planté, la suite au prochain épisode…..

Août 11

NUITS DES ETOILES 6 ET 7 AOUT 2021 – COMPTE RENDU

carte-nuits-etoiles_2021Cette année encore, du fait de la crise sanitaire liée au Covid, nous avons été contraints d’imposer une jauge de visiteurs limitée à 20 personnes.

Nous accueillons habituellement, pour cet évènement, des centaines de personnes sur 2 Nuits des Étoiles programmées à notre Observatoire de Vignola.

Nous sommes conscients qu’il y a eu beaucoup de déçus cette année mais, la sécurité avant tout.

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Petit compte rendu des soirées des 6 et 7 aout 2021 :

Le public, ayant préalablement réservé sur le site « helloasso » a été accueilli par Marie Jo Bianchetti.

La première animation était animée par Paul Dedieu, notre Président d’Honneur, sur le thème des météorites. Paul était venu avec une partie de sa collection personnelle de météorites pour en faire profiter les visiteurs.

Lucien Luciani, notre Président, a animé l’atelier suivant par une découverte du ciel et une initiation à l’orientation grâce aux étoiles, le tout agrémenté de contes mythologiques.

La soirée s’est poursuivie sur la plateforme d’observation où les 2 télescopes (Meade 14 et Celestron 14)  ont été mis en station. Cet atelier a été animé par Christian, Bérengère, Alexandra et Marie Pierre.

Les premiers objets pointés ont été des objets du ciel profond M22 et M27 :

M22, un amas globulaire dans la constellation du Sagittaire à 10.000 Années-lumière comptant environ 100.000 étoiles.

M27, autrement nommée la NEBULEUSE DE L’HALTERE ou DUMBBELL (haltère en anglais) ,  une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Petit Renard à environ 1200 Années-lumière.

M27 DumbellM 27, photo de Christian Guerrini, membre du Club, prise le 18 juillet 2021. Visitez son blog http://astrophotofacile.canalblog.com

Les télescopes ont ensuite été pointés sur les deux plus grosses planètes de notre Système Solaire JUPITER et SATURNE.

Jupiter Stellarium 07_08_2021JUPITER tel qu’observé avec ses satellites galiléens (animation Stellarium)

Saturne Stellarium 07_08_2021SATURNE tel qu’observé avec son plus gros satellite TITAN (animation Stellarium)

Nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition des NUITS DES ETOILES mais, en attendant, l’Observatoire est ouvert un vendredi sur deux et quelques places sont encore disponibles pour l’astronomie en mer (liens de réservation pour ces soirées dans notre post « programme et réservation été 2021 ».