Archives du Mois : août 2021

Août 11

LE TEMPS DES ASTRONOMES – Sujet de Yves ETIENNE

L’auteur de ce sujet est Yves ETIENNE, membre du Club Ajaccien d’Astronomie. C’est également à lui que nous devons les éphémérides publiées tous les mois sur notre page.

PREMIER EPISODE

Depuis fort longtemps, les êtres humains, à l’instar de beaucoup d’animaux, disposent d’un certain savoir sur les cycles naturels, en particulier du temps écoulé entre chaque phase de ces cycles. Saluons ici la performance de ces cigales Nord-Américaines qui émergent simultanément du sol tous les 17 ans ou celle des papillons Morpho effectuant leur migration aller et retour entre le Mexique et le Canada sur plusieurs générations. Sans compter toutes les espèces terrestres, aquatiques ou aériennes qui migrent en des points forts éloignés des lieux de reproduction aux lieux de nourrissage. La notion du temps écoulé et à venir est donc capitale.

En ce qui concerne l’humanité, nous n’avons guère de preuves matérielles avant 32000 ans avant le présent. Ainsi, dans l’abri BLANCHARD dans le département de la DORDOGNE sur la commune de SERGEAC, pas très éloigné de la grotte de LASCAUX, au bord de la rivière Vézère. L’abri BLANCHARD surplombe la rive droite du vallon des Roches. Sa particularité est d’être ouvert plein Ouest. Dans cet abri sous roche a été trouvé en 1911 par Monsieur Marcel CASTANET, un os de renne gravé recto verso d’entailles et de cupules dans un ordre précis semblant correspondre aux positions de la Lune à son coucher. L’homme ou la femme qui a gravé ce fragment d’os était un fin observateur du ciel. Lorsque la pointe d’os est dirigée vers l’Ouest, les cupules correspondent aux couchers de la Lune au cours des lunaisons, des saisons et des années.

Nous sommes loin de la description faite par les « scientifiques » de la fin du XIXe siècle voulant prouver la supériorité de l’homme moderne européen sur les peuples primitifs. Les hommes et les femmes de l’époque Aurignacienne étaient décrits hirsutes, bas du front, la lippe pendante, vêtus de grossières peaux de bêtes et brandissant des gourdins pour assommer les bisons ou les mammouths. Entre nous, essayez de surprendre un gibier avec un habit qui fait du bruit au moindre mouvement, qui flotte autour de votre corps et qui s’accroche aux branches, le sanglier convoité est mort de rire.

Non, nos ancêtres n’étaient pas des brutes épaisses. J’ai assisté en 1992, lors des championnats de France de tir à l’arc, à une reconstitution de tir préhistorique avec de longues flèches envoyées vers leur cible à l’aide d’un propulseur en os de cheval. A 45 mètres, les flèches atteignaient et se plantaient dans leur cible, un bouquetin en mousse de polyuréthane. Une belle performance et, personnellement, avec mon arc moderne, je ne suis pas certain d’atteindre ma cible dans la zone « tué » à cette distance.

Revenons à notre fragment d’os de renne gravé par un homme ou une femme il y a environ 32000 ans. Cette personne habitait sur place. ce n’était pas un chasseur cueilleur nomade. Cette personne avait repéré la direction du coucher du Soleil à l’équinoxe de printemps et à l’équinoxe d’automne. Je présume qu’elle avait installé des repères et qu’elle se mettait toujours dans la même posture pour effectuer ses observations. Peut être que l’os était fixé sur un support inamovible jusqu’à son achèvement. Lorsque la pointe est dirigée vers l’Ouest, l’observateur, à l’aide d’un outil constitué d’un éclat de pierre dure collé avec de la résine de pin à un os long et fin probablement prélevé sur une aile d’oiseau, pouvait creuser les cupules ou les stries indiquant les divers couchers de Lune ou de Soleil. Ce travail a pris de nombreux mois et même de nombreuses années de réflexion avant sa réalisation.

Os de renne gravé.1Os de renne gravé.2L’abri BLANCHARD est quasiment à 45° de latitude Nord, la longitude est de 1° 06′ Est et l’azimut de l’ouverture de l’abri est orienté sur l’azimut 270° soit plein Ouest. Pour un observateur situé devant l’ouverture de cet abri, le Soleil se couche le plus au Nord au solstice d’été à l’azimut 304° et se couche le plus au Sud au solstice d’hiver à l’azimut 236° soit une plage de mesure sur 78°. Ceci est vrai pour tout le 45e parallèle Nord. Les lunistices sont les positions extrêmes de la Lune vers le Sud ou vers le Nord au moment de ses levers ou de ses couchers.

Dans son remarquable ouvrage « Aux racines de l’astronomie ou l’ordre caché de l’ordre pariétal » , Madame Chantal JEGUES-WOLKIEWIEZ nous décrypte le mode opératoire, la signification et le but de cet artéfact. Pour ce faire, elle a utilisé les données du Bureau des Longitudes de la Société Astronomique de France et le programme ARCAS réalisé par le Club des Amateurs d’Astronomie Ajaccien ainsi que les programmes Redshift et Skyplot.

Cet os en forme de langue est gravé sur les deux faces. la face qui nous intéresse ici comporte 29 encoches sur l’arête supérieure et toute une ligne serpentant dans la moitié inférieure faite de cupules de profondeurs et de diamètres différents. Ainsi, la personne qui a gravé cet os de renne disposait de 24 outils différents pour graver les cupules et les stries sur l’os. J’ai connu un Monsieur qui faisait de la calligraphie et qui utilisait tout autant de types de plumes pour écrire et enluminer ses textes.

La première cupule indique la position de la Lune à son coucher lors de l’équinoxe de printemps. La seconde marque la position de la Nouvelle Lune juste en face de la 14e encoche qui marque le milieu du mois lunaire. La cupule numéro 3 marque le début de la lunaison complète jusqu’à la cupule numéro 33 qui sert de repère à la moitié du graphe. Les cupules 34 à 64 marquent le décours de la Lune pour la lunaison complète suivante.

Que déduire de ce fragment du lointain passé de l’humanité ? La personne, homme ou femme, et je pencherais plutôt pour une femme, qui a gravé cet os avait une excellente vue. Elle avait aussi un grand sens de l’observation pour avoir gravé à l’aide d’outils un calendrier lunaire. C’est une des toutes premières mesures du temps qui soit parvenue jusqu’à nous.

Nous avons la trace d’autres calendriers existant avant les civilisations de l’écrit et je vous en parlerai dans le prochain épisode.

DEUXIEME EPISODE

Une erreur relevée par mon ami Antoine OTTAVI, amateur d’archéoastronomie, s’est glissée dans la description de l’utilisation de l’os gravé découvert dans l’abri BLANCHARD. La pointe de l’os était orientée vers le Nord et non pas vers l’Ouest, sinon la personne qui observait les couchers de Lune et de Soleil vers l’Ouest n’aurait tout simplement pas pu le graver.

Pour marquer le temps, nos ancêtres utilisaient des supports qui ne nous sont pas toujours parvenus, le plus simple étant la mesure et l’orientation de l’ombre d’un objet connu. C’était pratique et relativement facile d’emploi. Malheureusement beaucoup d’objets de cette période, parce que non étudiés, dorment dans les réserves des musées.

La succession des jours, des lunaisons ainsi que leurs variations périodiques dans le temps, leur ont donné l’idée du calendrier. Bien souvent il est représenté par une grille gravée complétée par des cupules indiquant les positions et les phases de la Lune creusées dans la pierre comme sur le coffre de pierre du Monte Revinco sur la commune de SANTO PIETRO DI TENDA en Haute Corse.

Au BRESIL, entre le Mato Grosso et BELEM en AMAZONIE, sur le site de Piedra Pintada, l’archéologue américaine Anna C. ROOSEWELT a mis au jour la représentation graphique des solstices d’été et d’hiver le long d’une falaise. Pour un observateur situé au Sud de la falaise au solstice d’hiver, le disque solaire se couche sur un promontoire rocheux tout comme indiqué par le dessin gravé et peint sur la paroi de la falaise. Cette représentation est datée de 11.200 ans.

L’étude des parois des grottes ornées aussi bien en Europe qu’en Amérique ou en Afrique, nous donne une indication sur l’importance pour nos anciens de l’apparition dans le ciel de l’amas d’étoiles des Pléiades.

Paroi gravée 1

Au-dessus de l’épaule du taureau peint voici 17.660 ans, on peut voir la représentation de l’amas des Pléiades. Pour les humains de l’époque, l’amas des Pléiades indiquait les périodes de migration des poissons et du gibier comme le saumon et le renne.

Disque de Nebrareprésentation disque de Nebra

Plus près de nous au néolithique, le disque de NEBRA, du nom de la localité NEBRA Sur UNSTRUT en SAXE-ANHALT en ALLEMAGNE où il fut découvert en 1999. Ce disque de bronze de 32 cm de diamètre pesant 2 kg serait vieux de 3600 ans. Ce disque comporte un rond pouvant représenter la Pleine Lune ainsi que le premier croissant de Lune. L’arc de cercle en dessous est peut être une représentation de la Voie Lactée. Les Pléiades sont représentées au-dessus des deux images de la Lune. Sur le côté droit du disque, un arc de cercle inscrit sur 82° indique les positions du Soleil au couchant. Les graduations latérales indiquaient la position du Soleil aux solstices d’été et d’hiver ainsi qu’aux équinoxes de printemps et d’automne. On peut encore voir l’empreinte du même arc de cercle sur le côté gauche du disque pour relever les positions des levers de Soleil. Un observateur placé sur le site de NEBRA peut voir le mont BROCKEN, le plus haut sommet de la partie Nord de l’Allemagne, situé à 80 km de là dans le massif du HARTZ. En tenant le disque à l’horizontale et en orientant le bord du disque comme indiqué sur le schéma, on pouvait en regardant la position du Soleil à son coucher, en regardant la phase de la Lune et la position de l’amas des Pléiades dans le ciel, connaître la date des semailles et des moissons.

Le disque de NEBRA serait donc une table astronomique pour indiquer les périodes favorables pour les semailles et les moissons de l’agriculture naissante. Les astronomes européens de cette époque avaient une connaissance du ciel bien plus évoluée que nous, ont décrit les archéologues au début du 20e siècle.

TROISIÈME ÉPISODE

Avec l’invention de l’agriculture dans le croissant fertile à la fin du néolithique, la mesure du temps à travers le calendrier est devenue nécessaire pour les travaux des champs. L’alternance des jours et des nuits, les lunaisons et le retour des saisons étaient déjà un moyen pour ordonner ces travaux. Comme vu dans les épisodes précédents, l’humanité avait une idée assez précise du déroulement des saisons à travers le lever et le coucher des constellations comme les Pléiades ou la constellation d’Orion.

Nos lointains ancêtres savaient repérer les levers et les couchers du Soleil en un lieu bien précis comme le prouvent les alignements de FILITOSA, de CAURIA et de CUCURUZZU en Corse, ou de CARNAC en Bretagne ou encore de STONEHENGE en Grande Bretagne.

Ceci dit, le jour, le mois lunaire et le retour des saisons, en particulier les deux équinoxes sont incommensurables, il n’y a pas de diviseur ou de multiples communs entre ces quantités.

Le premier instrument connu pour la mesure du temps est le gnomon, un simple bâton planté verticalement dans le sol et qui, par son ombre, indique les heures de la journée. Qu’est-ce qu’un gnomon ? D’après le dictionnaire de l’Académie, dans sa huitième édition : tout instrument qui marque les heures par l’ombre qu’un corps solide porte sur un plan ou une surface courbe. Ce mot nous vient du grec ancien et signifie « indicateur ».

En observant les levers et les couchers de Soleil ainsi que le parcours de l’ombre du gnomon sur le plan pendant plusieurs années, on s’aperçoit qu’il y a quatre dates remarquables.

Deux dates où le Soleil se lève rigoureusement à l’Est et se couche tout aussi rigoureusement à l’Ouest. Ce sont les équinoxes de printemps et d’automne. Une particularité à ces dates si vous alignez un repère avec le gnomon et le Soleil à son lever et que vous procédez de même à son coucher, vous vous rendrez compte que les deux repères et le gnomon forment une ligne droite. Ensuite il suffit de tracer une perpendiculaire et on a l’axe Nord Sud ou le méridien local. Il suffit ensuite de tracer un cercle sur le plan et de le diviser par 24 parties égales, ce qui est extrêmement facile avec un compas. Pourquoi 24 et pas un autre nombre ? N’oublions pas que nos ancêtres n’avaient pas de commodités comme nous, pas de papier, pas de stylo, ils comptaient sur leurs doigts et en dehors des deux pouces vous avez normalement quatre doigts à chaque main munis de trois phalanges chacun… total 24. les douze phalanges de la main droite étaient les douze heures du jour et celles de la main gauche étaient les douze heures de la nuit. Lorsque l’ombre est alignée avec le méridien, il est midi, soit la moitié du jour.

D’autre part, deux autres dates étaient intéressantes : celle du jour le plus court au solstice d’hiver où l’ombre du gnomon est la plus longue et celle du jour où l’ombre est la plus courte marquant le jour le plus long au solstice d’été.

principe du gnomonVoici le schéma de principe du gnomon. Avec un tel instrument les prêtres savants de l’époque de la civilisation sumérienne ont pu réaliser les premiers calculs astronomiques voici 5000 ans avant le temps présent.

QUATRIÈME ÉPISODE

A la fin du néolithique, voici 8000 ans, l’agriculture se développe dans une région du monde nommée « le croissant fertile ». Une petite graine, l’épeautre, l’ancêtre du blé, facile à cultiver, était  à la fois nourrissante, que l’on pouvait cuisiner sous forme de galettes ou de bouillies et qui pouvait se conserver plusieurs mois, allait révolutionner le monde des chasseurs cueilleurs.

La pluviométrie de l’époque était beaucoup plus abondante que celle de l’heure actuelle. Le Sahara et le Moyen Orient étaient verdoyants. D’autre part, qui dit terrains cultivables dit aussi élevage. Le mouflon sauvage devient le mouton domestique, le sanglier devient le porc, le loup devient le chien, etc…

La sédentarisation des premiers agriculteurs entraine la formation de villages puis de cités. La société s’organise, une hiérarchie s’installe et, dans cette société, le savoir compte tout autant que les armes ou la nourriture.

croissant fertilecroissant fertile2Dans une région correspondant au Sud de l’Irak actuel, sur les bords du fleuve Euphrate, nait une cité nommée SUMER. C’est à Sumer que l’on retrouve les premières traces de l’écriture et du calcul astronomique.

On y trouve en grande quantité l’argile pour faire les tablettes ainsi que le papyrus pour tailler les calames destinés à graver les caractères cunéiformes de la première écriture sémitique. Les premiers scribes sont installés dans les premiers observatoires fixes prêts à noter les passages des astres dans le ciel de Mésopotamie. 

CINQUIEME ÉPISODE

Faisons un bond de 8500 ans dans le passé dans la future Assyrie. Les habitants de l’époque se sédentarisent suite à la découverte d’une céréale, l’épeautre, l’ancêtre du blé, qui présente l’immense avantage de se conserver pendant de longs mois. Facile à broyer en farine pour confectionner des galettes nourrissantes, facilement transportables, cette céréale est à l’origine de notre agriculture. Qui dit sédentarisation dit construction d’habitats fixes. Dans cet espace compris entre les deux fleuves le TIGRE et l’EUPHRATE, l’argile et les roseaux ne manquent pas. Les maisons et les silos sont construits en briques de terre crue ou en pisé. La société s’organise, on creuse des puits et des canaux pour alimenter en eau les champs et les villages. On y trouve aussi des huttes de roseau. Les plaines étaient occupées par les champs cultivés et les plateaux étaient plutôt dévolus à l’élevage.

Ce qui est curieux, c’est que cette population rurale se regroupe dans de grandes agglomérations. La première cité état connue est la ville d’URUK dans le Sud de l’actuel IRAK gouverné par le Roi légendaire GILGAMESH. Cette cité état est le début de ce que nous appelons civilisation. Qui dit civilisation dit hiérarchie sociale, dit armée pour la défense des citoyens, dit aussi impôts, donc les impôts ce n’est pas nouveau. Pour créer ces impôts, il faut savoir calculer et les scribes Sumériens étaient d’excellents calculateurs.

écriture numérique chaldéenne

 Voici un exemple d’écriture numérique chaldéenne. Cette période est riche d’inventions, d’abord l’écriture cunéiforme, les mathématiques, la roue, l’araire tirée par les bœufs. Cette époque voit aussi la naissance de l’administration, les codes et la comptabilité. Apparaissent aussi les prémices de la métallurgie du bronze, de l’art, de la sculpture et de la céramique.

Dans l’épisode précédent, je vous ai décrit comment tracer les lignes Est-Ouest et Nord-Sud à l’aide du repérage des levers et couchers de Soleil les jours d’équinoxe sur le terrain. Une fois cette figure matérialisée au sol, ce que savaient faire nos ancêtres, on construisait une Ziggourat, une pyramide en briques de terre crue revêtue d’un parement en tuiles colorées et surmontée d’un temple où officiait un grand prêtre ou une grande prêtresse et des scribes pour noter les observations. Il faut dire que l’observation était fort simple dans son principe, deux tiges verticales graduées indiquant la direction Nord-Sud et deux tiges indiquant la direction Est-Ouest étaient plantées sur la plateforme. L’observateur indiquait les moments où passaient au méridien les astres visés. Et les scribes effectuaient les calculs astronomiques assez complexes.

Jugez-en plutôt. La Lune passe devant la même étoile en 27 jours 7 heures 43 minutes 11 secondes et 42 centièmes de seconde. C’est la période sidérale. Une lunaison complète Nouvelle Lune, Premier Quartier, Pleine Lune, Dernier Quartier jusqu’à la Nouvelle Lune suivante, autrement dit la période synodique dure 29 jours 12 heures, 44 minutes et 2 secondes. La difficulté c’est de juger précisément l’instant de la Nouvelle Lune, phénomène qui, par sa nature, est invisible. Pour marquer le début du mois lunaire, il fallait attendre un ou deux jours pour voir le premier mince croissant de Lune après le coucher du Soleil. Pour une observation plus précise, on observait de même le dernier croissant de Lune avant le lever du Soleil. Pour les Sumériens, les mois commencent au premier croissant de Lune et le 15 du mois correspond à la Pleine Lune.

En résumé, les Sumériens avaient un calendrier lunaire avec des mois de 29 jours et de 30 jours. Le début de l’année commençait au mois de NISSANU, de 30 jours, correspondant à notre période mars-avril. Ce mois était consacré à la récolte des oignons. Le mois suivant, de 29 jours, se nommait AIARU, on y récoltait l’orge et on semait le sésame. Pendant le mois de SIMANU, de 30 jours, on récoltait les lentilles et coupait le lin. Le mois de TAMMUZU, de 29 jours, était occupé à la récolte des pois chiches. Pendant le mois d’ABU, de 30 jours, on plantait le mil. En août-septembre, au mois d’ELULU, de 29 jours, on ensemençait les pois chiches. Au mois de TASHRITU, pendant 30 jours on récoltait les dattes et le sésame. Pendant le mois d’ARA-SHAMNU, de 29 jours, on ensemençait le lin et les fèves. Le mois de KILISMU, de 30 jours, correspondant à la période novembre-décembre, était un mois de repos. Le mois de TEBETU, de 29 jours, était occupé à l’ensemencement des oignons. Le mois de SHABATU, de 30 jours, correspondant à notre période janvier-février, voyait l’ensemencement de l’orge et enfin le mois d’ADDARU, de 29 jours, clôturait l’année en récoltant les fèves.

Tout compte fait, cela nous fait une année de 354 jours. Or les Sumériens connaissaient l’année de 365 jours un quart dont ils se servaient dans leurs calculs astronomiques. Alors, comment faisaient-ils pour faire coller leur calendrier lunaire avec l’année solaire ? La réponse au prochain épisode….

maisons briques de terreSIXIEME ÉPISODE

Lors du cinquième épisode, nous avons vu que chez les Sumériens, la succession des mois lunaires de 30 et 29 jours donnait une année de 354 jours, soit un décalage de 11 jours et six heures sur l’année solaire. Comment ont-ils fait pour faire coïncider l’année solaire avec leur calendrier lunaire ?

Ce qui a permis cette mise en coïncidence ce sont l’invention de l’écriture et du calcul sur des supports pérennes, à savoir les tablettes d’argile gravées au calame, instrument fort simple constitué d’un bout de roseau taillé en pointe. Les scribes mésopotamiens de la ville de NIPPUR notaient scrupuleusement les passages de la Lune devant les étoiles ainsi que les mouvements apparents des planètes, en particulier Vénus et Jupiter. Ils notaient aussi les variations de la hauteur du Soleil grâce au gnomon, qui deviendra plus tard le cadran solaire, ainsi que le retour des étoiles à leur position initiale. Pour régler le problème tous les trois ans, un mois supplémentaire fut ajouté au calendrier lunaire.

Ce mois supplémentaire Elulu II était rajouté au mois d’Elulu qui correspond à la période août-septembre, « le mois des pois chiches ». ce mois supplémentaire n’était pas rajouté systématiquement à la même période, il pouvait être Nissannu II en mars-avril ou Addaru II en février-mars. La décision appartenait au roi après avis des grands prêtres.

Au fil du temps, l’insertion du mois supplémentaire se fera sur la base du cycle de 235 mois lunaires, ce qui correspond à 19 années et sept mois lunaires et à 19 solaires. au cours de ce cycle, connu plus tard sous le nom de cycle de Méton, il était rajouté 1 mois à l’année 1. C’était systématiquement le mois Elulu II qui était rajouté au mois d’Elulu. Les années 3, 6, 9, 11, 14 et 17 se voient attribuer un mois Addaru II ou Nissannu II en fonction des données astronomiques de l’époque. Les grands prêtres et les scribes étaient puissants et aucune décision importante n’était prise sans les consulter.

Pour les Sumériens, la journée commençait le soir au coucher du Soleil. La nuit était divisée en trois veilles ou six heures doubles. Ce même découpage s’applique au jour. La double heure correspond sensiblement à la distance de dix kilomètres parcourue par un home qui marche d’un pas régulier. Donc, on marchait beaucoup à l’époque pour beaucoup de raisons et en particulier la mesure du temps nocturne.

La longueur respective des nuits et des jours variait donc au fil des saisons, la double heure était divisée en 30 parties de 4 minutes subdivisées en 60 périodes de 4 secondes.

Les Sumériens ont aussi inventé la semaine de sept jours, ce qui correspondait à peu près au quart d’une lunaison. Le premier jour de la semaine, nommé Sin ou Nana, était dédié à la Lune. Le second, Ergal ou Ereskigal, était dédié à la planète Mars. Le troisième jour, appelé Nabu ou Nélo, correspond à la planète Mercure. Le quatrième jour, Marduk, est dédié à la planète Jupiter. Le cinquième jour, nommé Ishtar, était dédié à la planète Vénus. Le sixième jour, nommé Shamash, était dédié au Soleil. Le septième jour, Nin-Urta ou Kirvanu, était dédié à la planète Saturne.

SEPTIÈME EPISODE

Sumer disparaît dans les guerres et les rivalités des cités états de Mésopotamie. Mais elle a laissé en héritage sa langue, sa culture, ses mathématiques, son astrologie et son astronomie aux Akkadiens puis aux Babyloniens. Pour mémoire, près d’un demi-million de tablettes d’argile ont été exhumées dont la moitié a été traduite. Beaucoup traitent de textes de lois, de textes administratifs ou de contrats agricoles mais certaines sont de vraies pépites mathématiques. Madame Christine PROUST, directrice de recherche au CNRS et de l’Université de Paris-Diderot, a traduit certaines de ces tablettes. Formés dans les maisons des tablettes, les scribes Assyriens étaient capables de résoudre des polynômes du huitième degré de problèmes de géométrie, de calculs de surfaces et de volumes complexes ainsi que les prémices des calculs de PYTHAGORE et de THALES.

planisphere K8538Ci-dessus, le planisphère circulaire référencé K 8538 au British Museum, montrant le ciel et ses constellations visibles au-dessus de la ville de Ninive en 1100 Av. J.C..

tablette BM 86378Ci-dessus, la tablette dite du MUL-APIN référencée BM 86378 au British Museum, faisant partie d’un lot de 23 tablettes. Cette tablette décrit par exemple la vitesse apparente du déplacement de la planète JUPITER observée pendant 60 jours à partir de la première fois où elle est visible à son lever à l’Est jusqu’à son coucher à l’Ouest. A l’aide d’un schéma basé sur ce qui deviendra plus tard le théorème de THALES, les astronomes mésopotamiens purent mettre en évidence que la vitesse de JUPITER n’était pas constante.

Les astronomes de l’époque disposaient donc, pour mesurer le temps pendant le jour, du cadran solaire, du nombre de pas pendant la nuit et d’un instrument curieux appelé bol à immersion, l’ancêtre de la clepsydre. C’est une horloge à eau décrite dans les tablettes du MUL-APIN pour ses caractéristiques physiques, mais les tablettes ne mentionnent pas l’échelle temporelle.

bol à immersionCi-dessus le bol à immersion. On posait le bol vide percé de trous soigneusement distribués dans la grande jatte pleine d’eau. Quand le bol coulait, on notait le temps écoulé et on recommençait l’opération.

tablette YBC 7289Ci-dessus, la tablette YBC 7289 montrant un carré et ses diagonales. Les chiffres cunéiformes le long de la diagonale montrent que les mésopotamiens étaient capables de calculer la racine carrée de deux par un nombre à quatre positions sexagésimales avec une approximation au millionième près.

HUITIEME EPISODE

Les prêtres astronomes Babyloniens avaient donc mis au point un système de mesure du temps basé sur leurs observations astronomiques très précises pour l’époque. De plus, ils notaient toutes leurs observations sur un support durable dans le temps et consultable sur des siècles. Ils avaient à leur disposition des outils mathématiques remarquables et ils savaient s’en servir. De plus, ils avaient mis au point le cadran solaire avec ses divisions d’angle et ils l’avaient amélioré en précision en inventant le Polos, un cadran solaire creux où l’ombre portée est beaucoup plus facile à lire. Ils ont divisé la journée en 12 périodes appelées Danna, correspondant à 2 de nos heures, elles-mêmes divisées en 30 Ush qui correspondent à 4 de nos minutes.

cadran solairetrajectoire soleilPour mesurer les heures de la nuit, ils avaient le bol à immersion dont je vous ai parlé dans un précédent épisode et des personnes qui marchaient en comptant leurs pas. Ce système peut paraître risible mais c’est efficace et, avec un peu d’entrainement, cela peut se révéler relativement précis. J’ai souvenir que le Club d’astronomie d’Ajaccio, le C3A, avait accueilli en novembre 1993 deux formateurs de la Société Astronomique de France pour nous perfectionner dans la prise de vue astrophotographique et au développement des films argentiques avec la technique dite du masque flou. Les temps d’exposition étaient comptés en « hippopotames ». Mon fils, Henri, âgé de 4 ans, avait demandé si on pouvait compter en « dinosaures ». A sa grande déception, il lui fut répondu que non car c’était trop long mais ça pouvait marcher avec les « diplodocus ». Nous avons donc effectué nos temps de pose en comptant les « diplodocus » et les résultats étaient tout à fait convenables.

Les Babyloniens nous ont laissé des tablettes d’argile gravées de caractères cunéiformes qui sont de véritables catalogues d’étoiles. En particulier la tablette BM86378 dite du Mul-Apin qui dresse la nomenclature des étoiles qui passaient dans le ciel de Mésopotamie ainsi que les dates des levers héliaques, les culminations et les couchers de nombreuses étoiles.

A la suite de leurs observations sur de longues années, ils ont partagé le ciel en constellations qui suivaient respectivement trois chemins. Le groupe du chemin d’EN-LIL pour les astres de déclinaison boréale supérieure à 17°. Le groupe du chemin d’ANU pour les astres de déclinaison comprise entre 17° de déclinaison boréale et 17° de déclinaison australe, ce qui correspond à la bande des constellations du zodiaque actuel. Le troisième groupe dit du chemin d’EA, comprend les astres de déclinaison australe supérieure à 17°.

Ci-dessous, une représentation du monde imaginée par les mésopotamiens.

monde par mésopotamiens1monde par mésopotiens2LA SUITE AU PROCHAIN EPISODE…

Août 11

NUITS DES ETOILES 6 ET 7 AOUT 2021 – COMPTE RENDU

carte-nuits-etoiles_2021Cette année encore, du fait de la crise sanitaire liée au Covid, nous avons été contraints d’imposer une jauge de visiteurs limitée à 20 personnes.

Nous accueillons habituellement, pour cet évènement, des centaines de personnes sur 2 Nuits des Étoiles programmées à notre Observatoire de Vignola.

Nous sommes conscients qu’il y a eu beaucoup de déçus cette année mais, la sécurité avant tout.

.

Petit compte rendu des soirées des 6 et 7 aout 2021 :

Le public, ayant préalablement réservé sur le site « helloasso » a été accueilli par Marie Jo Bianchetti.

La première animation était animée par Paul Dedieu, notre Président d’Honneur, sur le thème des météorites. Paul était venu avec une partie de sa collection personnelle de météorites pour en faire profiter les visiteurs.

Lucien Luciani, notre Président, a animé l’atelier suivant par une découverte du ciel et une initiation à l’orientation grâce aux étoiles, le tout agrémenté de contes mythologiques.

La soirée s’est poursuivie sur la plateforme d’observation où les 2 télescopes (Meade 14 et Celestron 14)  ont été mis en station. Cet atelier a été animé par Christian, Bérengère, Alexandra et Marie Pierre.

Les premiers objets pointés ont été des objets du ciel profond M22 et M27 :

M22, un amas globulaire dans la constellation du Sagittaire à 10.000 Années-lumière comptant environ 100.000 étoiles.

M27, autrement nommée la NEBULEUSE DE L’HALTERE ou DUMBBELL (haltère en anglais) ,  une nébuleuse planétaire située dans la constellation du Petit Renard à environ 1200 Années-lumière.

M27 DumbellM 27, photo de Christian Guerrini, membre du Club, prise le 18 juillet 2021. Visitez son blog http://astrophotofacile.canalblog.com

Les télescopes ont ensuite été pointés sur les deux plus grosses planètes de notre Système Solaire JUPITER et SATURNE.

Jupiter Stellarium 07_08_2021JUPITER tel qu’observé avec ses satellites galiléens (animation Stellarium)

Saturne Stellarium 07_08_2021SATURNE tel qu’observé avec son plus gros satellite TITAN (animation Stellarium)

Nous vous donnons rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition des NUITS DES ETOILES mais, en attendant, l’Observatoire est ouvert un vendredi sur deux et quelques places sont encore disponibles pour l’astronomie en mer (liens de réservation pour ces soirées dans notre post « programme et réservation été 2021 ».