Deux membres du club ont fait le voyage en Espagne pour observer l’éclipse totale du 12 août. C’était une occasion rare en Europe (la dernière remonte à 1999) et la relative proximité de la zone privilégiée permettait d’emporter davantage de matériel que s’il avait fallu prendre l’avion.
En effet la bande de totalité, qui désigne le lieu où un observateur voit le Soleil complètement occulté par la Lune, traversait le nord de l’Espagne. Nous avions initialement choisi un site près d’Avilès, sur la côte nord, à proximité de la ligne de passage du centre de l’ombre de la Lune où l’occultation complète dure le plus longtemps. Cette dernière était prévue de 20h 26mn 55 s à 20h 28mn 48s, avec le Soleil 10° au-dessus de l’horizon dans la direction 280°. Une vue dégagée sur l’horizon ouest était donc impérative.
Malheureusement, une couche de nuages persistante bloquée par la chaîne cantabrique qui borde la côte nous a obligés à nous reporter vers un lieu d’observation 100 km plus au sud. Le jour de l’éclipse, nous nous sommes rendus sur un plateau à 1000 m d’altitude un peu au nord de León, repéré au préalable sur Google Maps.
Le ciel était dégagé à cet endroit et nous avons pu observer l’éclipse dans d’excellentes conditions.
Avec un appareil photo monté sur une lunette de focale 420 mm protégée par un filtre solaire, et une monture motorisée, nous avons pu suivre le recouvrement progressif de notre astre par la Lune.
Quand le taux de recouvrement du disque solaire dépasse 95%, la baisse de luminosité devient perceptible mais avec une teinte jaune, sans le rougeoiement habituel des couchers de Soleil. Puis brusquement l’obscurité se fait, les étoiles s’allument et l’on peut alors regarder le Soleil sans les lunettes de protection. Mais c’est un soleil noir, remplacé par le disque très sombre de la Lune entouré d’une couronne flamboyante : l’effet est spectaculaire !
Crédits photos : Christian Guerrini
Pendant la phase de totalité, après avoir enlevé le filtre de protection de la lunette, nous avons pris une dizaine de photos successives avec des temps de pose allant de 1/1000e à 1s. L’image à 1/500e révèle la chromosphère, une fine couche de gaz au-dessus de la surface du Soleil. On observe aussi plusieurs protubérances solaires visibles grâce au masque de la Lune.
L’assemblage de toutes les photos permet de visualiser la couronne solaire, malgré les écarts de luminosité très importants. La structure s’oriente selon les lignes de champ magnétique de notre étoile.
Cette couronne, qui s’étend jusqu’à quatorze fois le rayon du Soleil, est composée de plasma peu dense mais extrêmement chaud : jusqu’à deux millions de degrés contre 6000 à 7000 degrés pour la chromosphère. Le mécanisme qui conduit à des températures aussi élevées est encore mal compris aujourd’hui.
Puis la lumière du jour est revenue et nous avons pu assister à un coucher de Soleil presque normal. Vous pouvez lire un compte-rendu plus détaillé de notre voyage sur notre blog : https://astrophotofacile.canalblog.com/2026/08/l-eclipse-du-12-aout-2026-depuis-l-espagne.html
Il est facile de comprendre pourquoi ces éclipses fascinent autant depuis l’antiquité ; le mécanisme en a été correctement décrit seulement au IIe siècle après JC par Ptolémée dans son Almageste.
Nous aurons l’occasion d’observer une autre éclipse totale le 2 août 2027, qui sera également visible en Europe (de Gibraltar à l’Egypte). Depuis la Corse, l’occultation maximale sera autour de 76%, inférieure à celle de cette année mais à une heure bien plus favorable (11h 08) avec un Soleil haut dans le ciel.